Daniel Schaubacher: L'ONU et le mouvement des citoyens du monde et des fédéralistes mondiaux

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Notre concitoyen, Monsieur Daniel Schaubacher, est associé au "Comité pour une ONU démocratique" (Komite für eine demokratische UNO KDUN) et il est un représentant du groupe "European Bahá'í Business Forum" (EBBF).  Monsieur Schaubacher est président de l'association "People to People International Belgium" (ptpi.be) et membre du conseil d'administration du "Club of Rome EU Chapter" (clubofrome.eu).  

wf-logo.jpg      En outre, Monsieur Schaubacher était vice-président, puis président de notre association, les "Fédéralistes mondiaux Suisse", de 1998 à son départ pour la Belgique il y a une dizaine d’années.
     

L’ONU et le mouvement des citoyens du monde et des fédéralistes mondiaux 

par Daniel Schaubacher  

La Charte des Nations Unies commence par les mots : « Nous, les peuples… ».  Toutefois, ce ne sont pas les peuples qui y sont représentés, mais les exécutifs ou gouvernements des états-nations. Des voix toujours plus nombreuses réclament une réforme, voire une légitimation démocratique de l’organisation mondiale,  même si les Etats vainqueurs de la Seconde Guerre mondiale qui siègent en permanence au Conseil de sécurité ne se sont pas entendus à ce jour pour engager une réforme.

Streit  

Dans les années trente et pendant la Deuxième Guerre mondiale,  plusieurs politiciens,  députés et intellectuels proposèrent des mesures communautaires voire fédéralistes, tout en dénonçant le nationalisme propre à l’Allemagne nazie,  au fascisme italien et à l’impérialisme militariste du Japon.  En 1937 déjà naquit l’organisation américaine Campaign for World Government.  En 1938, Clarence Streit proposa, aux Etats-Unis, dans son ouvrage Union Now ! la création d’une Fédération des démocraties.  Ses thèses trouvèrent de nombreux adeptes des deux côtés de l’Atlantique et suscitèrent la fondation en Amérique et en Grande-Bretagne, de 2 organisations indépendantes nommées toutes deux Federal Union.   

Clarence Streit: Union Now!    
L’invention de la bombe atomique suscita de grandes craintes, vu notamment l’inefficacité du système des Nations Unies. Après la Seconde Guerre mondiale,  les peuples d’Asie et  d’Europe subissaient encore les conséquences désastreuses du conflit mondial.  Nombreux étaient ceux qui doutaient des mécanismes de prévention et de résolution des conflits prévus par la Charte.

Peu après la guerre, Emery Reves, un ami de Churchill, mit l’accent, dans son best-seller Anatomie de la paix, sur la nécessité de transférer à une Autorité fédérale mondiale le contrôle des armes de destruction massive, en limitant tant soit peu la souveraineté absolue des états-nations.  Son appel  jeta les bases d’une philosophie et d’une éthique de la paix et d’un véritable patriotisme universel.  C’est à cette époque que naquirent des mouvements dans divers pays, tels que  Crusade for World Government.  On institua même une semaine pour un gouvernement mondial 

Du 13 au 16 octobre 1946,  une Conférence préparatoire réunit à  Luxembourg  30 organisations  de 14 pays en vue de fonder un Mouvement universel pour un gouvernement mondial.  

Ce fut chose faite lors de la conférence qui se déroula du 17 au 24 août 1947 en Suisse, à Montreux, et qui donna naissance au Mouvement fédéraliste mondial, en anglais World Federalist Movement, selon les dénominations usuelles actuellement.  Les fédéralistes européens créèrent en même temps l’Europa-Union.  L’Abbé Pierre, à l’époque membre de l’Assemblée nationale française et qui fonda par la suite les « Compagnons d’Emmaüs », était l’un des participants les plus notoires du congrès des fédéralistes mondiaux; il fut peu après nommé président du conseil exécutif du mouvement. 

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    Abbé Pierre

Les participants au congrès des fédéralistes mondiaux de Montreux eurent aussi l’honneur de recevoir un message d’Albert Einstein, qui espérait que l’idéal mondialiste résoudrait les grands problèmes internationaux.  En 1945 déjà, aux côtés de l’écrivain Thomas Mann et de vingt Américains éminents, il avait réclamé l’élaboration d’une Constitution fédérale pour le monde. De tels espoirs furent partagés par de nombreux hommes politiques et penseurs. Les réunions de travail et les conférences se succédèrent dans différents pays.

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    Albert Einstein
En mai 1948,  Garry Davis, qui avait participé au bombardement de l’Allemagne, renonça à sa citoyenneté américaine.
Garry   En automne de la même année et avec le soutien d’intellectuels français comme Albert Camus et l’Abbé Pierre, il demanda, de la tribune publique du Palais de Chaillot où siégeait l’Assemblée générale des Nations unies,  la création d’une Assemblée représentant les peuples et « citoyens du monde » ;  il fut à l’origine d’un Registre des citoyens du mondeCe dernier a aujourd’hui encore son siège à Paris,   organise des élections transnationales à un Congrès des peuples symbolique et coordonne les activités de communes « mondialisées », qui se déclarent « territoire mondial ».
Garry Davis    
Une délégation du Mouvement fédéraliste mondial fut reçue par le Pape Pie XII lors du congrès mondialiste de 1951, à Rome.  S’adressant aux délégués, Pie XII déclara: «Votre Mouvement, Messieurs, s’attache à réaliser une organisation politique efficace du monde. 

Rien n’est plus conforme à la doctrine traditionnelle de l’Eglise... ». Dans l’encyclique Pacem In Terris, son successeur, Jean XXIII, exigea « la constitution d’une autorité publique de compétence universelle ».  En 1951,  on s’efforça de réunir les délégués d’une Assemblée constituante mondiale. La même année vit la création de groupes de Parlementaires pour le droit mondial actifs aujourd’hui encore dans plusieurs pays. 

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    Pape Jean IIXXX
En 1958  parut l’ouvrage de deux professeurs de l’Université de Harvard,  Grenville Clark et Louis B. Sohn, « World Peace through World Law », « La paix par le droit mondial », qui postule la réforme des Nations unies et leur transformation en un Etat fédéral mondial.

Peu avant la Guerre froide qui devait diviser profondément les nations de l’est et de l’ouest,  on dénombrait quelque 250'000 fédéralistes mondiaux s’acquittant d’une cotisation de par le monde.  Aujourd’hui, leur nombre a certes diminué, mais leurs associations sont présentes dans de nombreux pays et de leur siège à New York,  ils dirigent une coalition de plus de mille ONG s’engageant pour une justice mondiale – la Coalition pour la Cour pénale internationale qui maintient une antenne à Bruxelles (www.wfm-igp.org) ainsi qu’une autre coalition d’organisations qui s’engagent pour la fonction protectrice de la société internationale contre les génocides sous le slogan  « Responsibility to protect ».   

En juin 2005, le Parlement européen, dans une  résolution  visant la réforme de l’ONU, a proposé la création d’un Parlement mondial qui  onctionnerait tout d’abord à titre consultatif.  Un cinéaste,  Joel Mardsen, enfin, après avoir sillonné le monde pendant huit ans,  vient de produire un documentaire World Vote Now qui illustre les processus des élections et de votes populaires dans 26 nations,  de tous les continents,  et enregistre  les aspirations de citoyens et même de commissions électorales souhaitant un référendum mondial sur les questions touchant à la vie de tous les habitants de la planète. 

On sait que le concept de la souveraineté de l’Etat-Nation remonte au 24 octobre 1648,  à la signature du Traité de Westphalie marquant la fin de la Guerre de Trente ans et la lutte de quatre-vingt ans pour l’indépendance des Pays-Bas.  L’idée des droits de l’homme, du citoyen voire des minorités  - un concept définissant,  par opposition à la Cité ou à l’Etat,  des droits sacrés inhérents à chaque personne,  remonte à l’antiquité.  Socrate avait proclamé : « Je suis un citoyen, non pas d’Athènes ni de la Grèce, mais du monde ».  L’ONU adopta en 1948 la Déclaration universelle des Droits de l’homme.  Toutefois, les principes régissant les relations entre Etats définis au dix-septième siècle sont applicables aujourd’hui encore en droit international : les états-nations sont souverains.  C’est aux états-nations qui exercent l’autorité sur leurs territoires respectifs,  qu’il incombe de protéger les droits de leurs citoyens.  Hugo Grotius (1583-1645) conçut les modes et outils pour concilier les différends et conflits entre états-nations  et sauvegarder la paix,  notamment par le biais de conférences, de l’arbitrage et du tirage au sort.  Ces méthodes peuvent certes apaiser les conflits.  Mais leur pratique n’est pas coercitive.  Comment seraient-elles efficaces au 21ème siècle face aux progrès de la science et de la technique,  et dans un monde dans lequel la distance est annihilée et qui est devenu un village ?  Les plus faibles ou les minorités n’y trouvent plus  leur compte.  C’est pourtant ces modes de faire qui régissent les relations inter-étatiques et l’action de l’ONU encore aujourd’hui.  L’Union européenne, elle, tout en recourant au sein de son conseil à la méthode inter-étatique,  a réussi à établir un ordre de paix,  de prospérité et de dialogue interculturel grâce au processus communautaire.  Pour résoudre les problèmes de dimension et portée mondiale, les fédéralistes mondiaux et les citoyens du monde proposent que les états-nations délèguent une part de leur souveraineté à un système de gouvernance mondiale comprenant un parlement, un tribunal interprétant la loi mondiale et un exécutif muni de pouvoirs réels mais limités aux seuls domaines mondiaux.  À l’instar de ce que les 28 états-nations membres de l’Union européenne ont réalisé à l’échelle continentale, par la voie communautaire. 

 

Voir aussi sur notre site internet: International Meeting 2013 on a United Nations Parliamentary Assembly, le rapport de notre président, Christian Müller.

 

Commentaires (1)

1. DUBRULLE Mark (site web) 17/02/2014

J'ai lu avec intérêt l'article de mon ami Daniel Schaubacher, dont j'admire l'incessante croisade pour améliorer le monde dans une perspective profondément humaniste, écologiste et fédéraliste. J'eus aimé qu'il fasse aussi référence à Denis de Rougemont, ce grand européen suisse, qui joua un rôle important après la guerre. Il fut rapporteur de la conférence de La Haye en 1948, présidée par Winston Churchill, visant à créer les Etats-Unis d'Europe.

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