Un débat international mal enclenché

Blog du 20 septembre 2014

Falsche richtung

Des mouvements séparatistes affectent l'équilibre mondial. Les gouvernements et les parlements pourraient remédier à cet état de choses s'ils appliquaient un principe éprouvé.

Les uns agissent sur le plan politique en diffusant abondamment des slogans populistes, les autres passent à l'action violente en tirant des salves de dix balles à la seconde au moyen d'une kalachnikov. Quel que soient la méthode qu'ils  appliquent ou le calibre de l'arme qu'ils  utilisent, la cause à l'origine de ces luttes est toujours la même: les habitants d'une région ont l'impression d'être  lésés dans leur identité culturelle, d'être défavorisés par rapport à ceux d'autres régions et d'être écartés de l'exercice du pouvoir au sein du gouvernement central.

Ces gens ont souvent raison. Beaucoup de gouvernements ont souvent, par goût du pouvoir, peu de compréhension pour les minorités et leur désir d'obtenir plus d'autonomie. L'Ukraine en est un exemple hélas frappant : Après la chute du président démocratiquement élu, Monsieur Victor Janoukovitch,  le 22 février, sous la pression de la foule de Kiev qui ne représentait  nullement l'ensemble de la population  du pays, Arseni Iatseniouk et Petro Porochenko prirent le pouvoir et réduisirent à néant, par leur politique partisane tournée vers l'Occident, tout espoir de la minorité russophone vivant à l'est et au sud du pays et qui représente près de 30 pour cent de la population ukrainienne, de voir reconnues ses particularités linguistiques et ethniques. L'opinion internationale a interprété l'emploi évident des cocktails-molotov contre la police par les manifestants de la place Maïdan à Kiev comme l'expression d'un mouvement démocratique,  elle a accepté cet emploi et l'a même considéré comme légitime. Dès lors, le recours aux armes des populations russophones de 1'est et du sud de l'Ukraine ne pouvait plus surprendre. Qui n'a rien à perdre peut tout risquer.

L'État-nation comme cadre déterminant de la législation est désuet

Les principaux acteurs de la politique mondiale n'ont  pas encore compris qu'en raison de la mondialisation  caractéristique  de notre époque, les frontières nationales ne sont plus appropriées pour légiférer dans absolument tous les domaines, que ce soit l'agriculture, l'enseignement, la santé, le secteur de l'énergie, les transports, la politique culturelle, etc. Il faut enfin ouvrir un large débat pour déterminer à quel niveau politique les différents problèmes de la vie doivent être traités et réglementés. En l'occurrence, il suffit d'appliquer un vieux principe éprouvé et très simple, à savoir que les questions doivent toujours être réglées à l'échelon le plus bas possible. Prenons deux exemples : La décision de placer, pour des raisons de sécurité, un panneau réglant la circulation à un carrefour, doit être prise sur le plan communal. Mais la décision de prélever une taxe de 0,5 pour mille par exemple sur les transactions financières internationales  pour empêcher la spéculation sur les différences des cours de change - taxe connue sous le nom de Taxe Tobin - ne peut être prise que sur le plan international, faute de quoi elle serait inefficace et donc absurde.

Il est sensé de réglementer les problèmes au niveau le plus bas, selon le principe dit de subsidiarité. Nous devons enfin nous demander à quel niveau nous devons légiférer.

L'uniformisation n'est  pas nécessairement un mal

L'Union Européenne, l'DE, ou Bruxelles, comme beaucoup l'appellent, est souvent critiquée pour sa propension à centraliser et standardiser. Effectivement, Bruxelles a déjà promulgué des réglementations complètement  superflues, à la demande d'un lobby représentant  une quelconque branche industrielle. On se souvient de la disposition concernant la courbure des concombres  vendus sur le marché, disposition qui a été annulée depuis.  Mais l'imposition de règles uniformes peut être bénéfique dans notre vie quotidienne, par exemple le système métrique, la conduite à droite sur nos routes, de manière générale la signalisation routière, etc. Et ce n'est  pas tout. Le fait que nous, Suisses, mettions un point entre franc et centime, alors que les Italiens mettent une virgule entre euro et centime ne constitue pas une valeur culturelle à protéger et peut faire l'objet  d'une réglementation  uniforme. Mais qu'une ville-frontière  impose l'enseignement d'une  seule langue ou de deux dans ses écoles devrait être de la compétence de la ville en question. Et si nos universités ont adopté la réforme dite de Bologne en y subordonnant  même leurs intérêts - volontairement il faut le souligner- cela signifie que notre monde n'est pas gouverné par Bruxelles, mais par le lobby de 1'économie dont l'influence ne fait que s'accroître. L'économie ne demande pas des universitaires ayant de vastes connaissances, elle a besoin d'un  personnel super-spécialisé. Pour elle, l'esprit universel est suranné, seul le profit compte.

L'Ecosse, lueur d'espoir

On sait depuis longtemps que Londres ne satisfait plus les Ecossais. Mais au lieu d'examiner sérieusement  leurs doléances partiellement justifiées et de leur accorder une plus large autonomie selon le principe de subsidiarité, on a choisi l'épreuve de force. Le résultat obtenu est peut-être ce qu'on pouvait attendre de mieux actuellement. Du fait que 45 pour cent des Ecossais se sont prononcés pour la sécession, «Londres» semble avoir enfin compris que le système doit être repensé et que des réformes s'imposent dans le Royaume-Uni.

Le débat est mal enclenché au niveau international

Actuellement, le débat est mal enclenché au niveau international. La sécession d'une région n'a jamais résolu un problème. Souvent, elle en a même créé de nouveaux.

Les frontières nationales sont considérées comme des données intangibles, elles sont tabou, ce qui empêche de trouver des solutions adéquates. Il est indispensable pour assurer un avenir pacifique à l'Europe que nous nous décidions à prendre en considération les régions et que nous structurions le monde selon le principe de la subsidiarité.

Pour une fois, l'Europe pourrait apprendre quelque chose de la Suisse, parce-que notre pays a dans ce domaine une importante avance sur beaucoup d'autres, grâce à une autonomie communale relativement  grande, une autonomie cantonale également développée- peut-être même excessive - et un pouvoir législatif qui tient encore généralement  compte du principe de subsidiarité. L'ennui est que certains tenants extrémistes  de la subsidiarité croient que même les droits de l'homme relèvent de la compétence nationale. Or certains problèmes dépassent manifestement  le cadre national, en dépit de toute l'importance qu'il faut accorder au principe de subsidiarité. C'est bien sûr le cas de la politique concernant le climat. Les droits de l'homme ne sont également pas une affaire «régionale». Mais il n'est  pas non plus nécessaire de maintenir, au nom de la subsidiarité, une concurrence en matière fiscale qui attire encore plus de riches dans les communes déjà favorisées, en laissant aux communes pauvres la charge d'un surcroît d'indigents.

Les mouvements séparatistes sont toujours un signal d'alarme

Lorsque des idées et des mouvements séparatistes apparaissent, comme c'est  à présent le cas notamment en Espagne avec la Catalogne, mais aussi en Belgique ou en Italie du Nord, il convient de repenser le «système». S'il  s'agit  uniquement de réserver à certaines régions des richesses minières, il faut combattre 1'égoïsme et résister au nom de la solidarité. Mais il est toujours indiqué d'être à l'écoute.

Il ne faut pas tout attendre de l'Etat. La démocratie se développe à partir de la base.

La traduction en français, bien que très libre, rend cependant parfaitement la pensée de l'auteur.

Christian Müller, 20 septembre 2014 / traduction Rolf P. Haegler