Blog du Président

Blog du 20 septembre 2014

Falsche richtung

Des mouvements séparatistes affectent l'équilibre mondial. Les gouvernements et les parlements pourraient remédier à cet état de choses s'ils appliquaient un principe éprouvé.

Les uns agissent sur le plan politique en diffusant abondamment des slogans populistes, les autres passent à l'action violente en tirant des salves de dix balles à la seconde au moyen d'une kalachnikov. Quel que soient la méthode qu'ils  appliquent ou le calibre de l'arme qu'ils  utilisent, la cause à l'origine de ces luttes est toujours la même: les habitants d'une région ont l'impression d'être  lésés dans leur identité culturelle, d'être défavorisés par rapport à ceux d'autres régions et d'être écartés de l'exercice du pouvoir au sein du gouvernement central.

Ces gens ont souvent raison. Beaucoup de gouvernements ont souvent, par goût du pouvoir, peu de compréhension pour les minorités et leur désir d'obtenir plus d'autonomie. L'Ukraine en est un exemple hélas frappant : Après la chute du président démocratiquement élu, Monsieur Victor Janoukovitch,  le 22 février, sous la pression de la foule de Kiev qui ne représentait  nullement l'ensemble de la population  du pays, Arseni Iatseniouk et Petro Porochenko prirent le pouvoir et réduisirent à néant, par leur politique partisane tournée vers l'Occident, tout espoir de la minorité russophone vivant à l'est et au sud du pays et qui représente près de 30 pour cent de la population ukrainienne, de voir reconnues ses particularités linguistiques et ethniques. L'opinion internationale a interprété l'emploi évident des cocktails-molotov contre la police par les manifestants de la place Maïdan à Kiev comme l'expression d'un mouvement démocratique,  elle a accepté cet emploi et l'a même considéré comme légitime. Dès lors, le recours aux armes des populations russophones de 1'est et du sud de l'Ukraine ne pouvait plus surprendre. Qui n'a rien à perdre peut tout risquer.

L'État-nation comme cadre déterminant de la législation est désuet

Les principaux acteurs de la politique mondiale n'ont  pas encore compris qu'en raison de la mondialisation  caractéristique  de notre époque, les frontières nationales ne sont plus appropriées pour légiférer dans absolument tous les domaines, que ce soit l'agriculture, l'enseignement, la santé, le secteur de l'énergie, les transports, la politique culturelle, etc. Il faut enfin ouvrir un large débat pour déterminer à quel niveau politique les différents problèmes de la vie doivent être traités et réglementés. En l'occurrence, il suffit d'appliquer un vieux principe éprouvé et très simple, à savoir que les questions doivent toujours être réglées à l'échelon le plus bas possible. Prenons deux exemples : La décision de placer, pour des raisons de sécurité, un panneau réglant la circulation à un carrefour, doit être prise sur le plan communal. Mais la décision de prélever une taxe de 0,5 pour mille par exemple sur les transactions financières internationales  pour empêcher la spéculation sur les différences des cours de change - taxe connue sous le nom de Taxe Tobin - ne peut être prise que sur le plan international, faute de quoi elle serait inefficace et donc absurde.

Il est sensé de réglementer les problèmes au niveau le plus bas, selon le principe dit de subsidiarité. Nous devons enfin nous demander à quel niveau nous devons légiférer.

L'uniformisation n'est  pas nécessairement un mal

L'Union Européenne, l'DE, ou Bruxelles, comme beaucoup l'appellent, est souvent critiquée pour sa propension à centraliser et standardiser. Effectivement, Bruxelles a déjà promulgué des réglementations complètement  superflues, à la demande d'un lobby représentant  une quelconque branche industrielle. On se souvient de la disposition concernant la courbure des concombres  vendus sur le marché, disposition qui a été annulée depuis.  Mais l'imposition de règles uniformes peut être bénéfique dans notre vie quotidienne, par exemple le système métrique, la conduite à droite sur nos routes, de manière générale la signalisation routière, etc. Et ce n'est  pas tout. Le fait que nous, Suisses, mettions un point entre franc et centime, alors que les Italiens mettent une virgule entre euro et centime ne constitue pas une valeur culturelle à protéger et peut faire l'objet  d'une réglementation  uniforme. Mais qu'une ville-frontière  impose l'enseignement d'une  seule langue ou de deux dans ses écoles devrait être de la compétence de la ville en question. Et si nos universités ont adopté la réforme dite de Bologne en y subordonnant  même leurs intérêts - volontairement il faut le souligner- cela signifie que notre monde n'est pas gouverné par Bruxelles, mais par le lobby de 1'économie dont l'influence ne fait que s'accroître. L'économie ne demande pas des universitaires ayant de vastes connaissances, elle a besoin d'un  personnel super-spécialisé. Pour elle, l'esprit universel est suranné, seul le profit compte.

L'Ecosse, lueur d'espoir

On sait depuis longtemps que Londres ne satisfait plus les Ecossais. Mais au lieu d'examiner sérieusement  leurs doléances partiellement justifiées et de leur accorder une plus large autonomie selon le principe de subsidiarité, on a choisi l'épreuve de force. Le résultat obtenu est peut-être ce qu'on pouvait attendre de mieux actuellement. Du fait que 45 pour cent des Ecossais se sont prononcés pour la sécession, «Londres» semble avoir enfin compris que le système doit être repensé et que des réformes s'imposent dans le Royaume-Uni.

Le débat est mal enclenché au niveau international

Actuellement, le débat est mal enclenché au niveau international. La sécession d'une région n'a jamais résolu un problème. Souvent, elle en a même créé de nouveaux.

Les frontières nationales sont considérées comme des données intangibles, elles sont tabou, ce qui empêche de trouver des solutions adéquates. Il est indispensable pour assurer un avenir pacifique à l'Europe que nous nous décidions à prendre en considération les régions et que nous structurions le monde selon le principe de la subsidiarité.

Pour une fois, l'Europe pourrait apprendre quelque chose de la Suisse, parce-que notre pays a dans ce domaine une importante avance sur beaucoup d'autres, grâce à une autonomie communale relativement  grande, une autonomie cantonale également développée- peut-être même excessive - et un pouvoir législatif qui tient encore généralement  compte du principe de subsidiarité. L'ennui est que certains tenants extrémistes  de la subsidiarité croient que même les droits de l'homme relèvent de la compétence nationale. Or certains problèmes dépassent manifestement  le cadre national, en dépit de toute l'importance qu'il faut accorder au principe de subsidiarité. C'est bien sûr le cas de la politique concernant le climat. Les droits de l'homme ne sont également pas une affaire «régionale». Mais il n'est  pas non plus nécessaire de maintenir, au nom de la subsidiarité, une concurrence en matière fiscale qui attire encore plus de riches dans les communes déjà favorisées, en laissant aux communes pauvres la charge d'un surcroît d'indigents.

Les mouvements séparatistes sont toujours un signal d'alarme

Lorsque des idées et des mouvements séparatistes apparaissent, comme c'est  à présent le cas notamment en Espagne avec la Catalogne, mais aussi en Belgique ou en Italie du Nord, il convient de repenser le «système». S'il  s'agit  uniquement de réserver à certaines régions des richesses minières, il faut combattre 1'égoïsme et résister au nom de la solidarité. Mais il est toujours indiqué d'être à l'écoute.

Il ne faut pas tout attendre de l'Etat. La démocratie se développe à partir de la base.

La traduction en français, bien que très libre, rend cependant parfaitement la pensée de l'auteur.

Christian Müller, 20 septembre 2014 / traduction Rolf P. Haegler 

Blog du 21 avril 2014

                  Einerfueralle
Un pour tous, tous pour un (La coupole du siège du Parlement de la Confédération)                                                                                    © common

Pourquoi considérons-nous que nous sommes Allemands, Suisses, Autrichiens et non – ou pas encore – Européens ?

Quiconque se plonge dans l'histoire de la « nation » est nécessairement confronté à Ernest Renan. Notamment, parce-qu'il a prédit une confédération européenne en1882. Voici une contribution à l'histoire des idées.

Neuf personnes sur dix s'identifient à leur pays, à l'état auquel ils appartiennent en tant que citoyens, dont ils ont reçu un passeport. L'état avec ses frontières tracées sur le sol et la mappemonde, l'état territorial, n'est cependant que l'édition fixée dans un cadastre d'un sentiment de solidarité. Les frontières sont presque sans importance si nous y regardons de plus près. Et pourtant, le découpage du territoire ... en soi-disant états-nations est pour ainsi dire un axiome dans la pensée politique.

Seuls peu de citoyens savent encore de nos jours que le découpage ... en états aux territoires définis, qui prétendent à leur tour, représenter chacun une « nation », n'a guère plus de deux cents ans. Suite à la révolution française et à l'effondrement des structures féodales, il a fallu placer un nouveau réseau sur l'Europe. La démocratie naissante avait besoin de critères clairs d'appartenance. Ce n'est qu'au 19e siècle qu'apparaît la notion de « nation », qui dérive étymologiquement de « nasci » et « natus », c'est-à-dire de « naître » et « être né », et est donc liée à une origine commune, mais pas uniquement.

Alors, qu'est-ce qu'une nation ?

Comme bien d'autres choses qui ont été clairement pensées et formulées, c'est un Français qui a dit l'essentiel au sujet du développement de l'état national. Ernest Renan, né en 1823, était un historien et un écrivain. Le célèbre discours qu'il a prononcé à Paris, à la Sorbonne, le 11 mars 1882, mérite d'être rappelé.

La nation est-elle la création d'une dynastie ? Renan, ayant posé cette question, déclara : « Il est très vrai que la plupart des nations modernes ont été faites par une famille d'origine féodale, qui a contracté mariage avec le sol et qui a été en quelque sorte un noyau de centralisation. » Mais en se référant à l'histoire de l'Angleterre, de l'Irlande et de l'Ecosse, à celles de l'Italie, de la Hollande et aussi de la France et après d'autres considérations historiques, il conclut clairement : Non. « Il faut donc admettre, dit-il textuellement, qu'une nation peut exister sans principe dynastique, et même que des nations qui ont été formées par des dynasties peuvent se séparer de cette dynastie sans pour cela cesser d'exister. »

La communauté de race est-elle donc la base d'une nation ?

La communauté de race – nous dirions actuellement l'ethnie - est-elle donc la condition pour la naissance d'une nation ? Renan répéta d'abord dans son discours les arguments de ceux qui pensaient reconnaître effectivement dans la race le critère déterminant la formation d'une nation. Mais sa réponse à cette question est claire : « La France est celtique, ibérique, germanique. L'Allemagne est germanique, celtique et slave. L'Italie est le pays où l'ethnographie est le plus embarrassée. Gaulois, Etrusques, Pélasges, Grecs, sans parler de bien d'autres éléments, s'y croisent dans un indéchiffrable mélange. Les îles Britanniques, dans leur ensemble, offrent un mélange de sang celtique et germain dont les proportions sont singulièrement difficiles à définir. La vérité est qu'il n'y a pas de race pure et que faire reposer la politique sur l'analyse ethnographique, c'est la faire porter sur une chimère. Les plus nobles pays, l'Angleterre, la France, l'Italie, sont ceux où le sang est plus mêlé. L'Allemagne fait-elle à cet égard une exception ? Est-elle un pays germanique pur ? Quelle illusion ! Tout le Sud a été gaulois. Tout l'Est, à partir de l'Elbe, est slave. »

Non, ce n'est pas la race, l'ethnie, qui crée une nation. « Pour tous il est bon de savoir oublier. J'aime beaucoup l'ethnographie ; c'est une science d'un rare intérêt ; mais je la veux libre, je la veux sans application politique. »

Et la langue alors !

La nation se fonde-t-elle sur la communauté de langue, demanda Renan, qui répondit : « Ce que nous venons de dire de la race, il faut le dire de la langue. La langue invite à se réunir ; elle n'y force pas. Les Etats-Unis et l'Angleterre, l'Amérique espagnole et l'Espagne parlent la même langue et ne forment pas une seule nation. Au contraire, la Suisse, si bien faite, puisqu'elle a été faite par l'assentiment de ses différentes parties, compte trois ou quatre langues. Il y a dans l'homme quelque chose de supérieur à la langue : c'est la volonté. La volonté de la Suisse d'être unie, malgré la variété de ses idiomes, est un fait bien plus important qu'une similitude de langage souvent obtenue par des vexations. Un fait honorable pour la France, c'est qu'elle n'a jamais cherché à obtenir l'unité de la langue par des mesures de coercition. Ne peut-on pas avoir les mêmes sentiments et les mêmes pensées, aimer les mêmes choses en des langages différents ? »

Un autre passage de son discours relatif aux langues est également important : « Cette considération exclusive de la langue a, comme l'attention trop forte donnée à la race, ses dangers, ses inconvénients. Quand on y met de l'exagération, on se renferme dans une culture déterminée, tenue pour nationale ; on se limite, on se claquemure. On quitte le grand air qu'on respire dans le vaste champ de l'humanité pour s'enfermer dans des conventicules de compatriotes. Rien de plus mauvais pour l'esprit ; rien de plus fâcheux pour la civilisation. N'abandonnons pas ce principe fondamental, que l'homme est un être raisonnable et moral, avant d'être un membre de telle ou telle race, un adhérent de telle ou telle culture. Avant la culture française, la culture allemande, la culture italienne, il y a la culture humaine. Voyez les grands hommes de la Renaissance ; ils n'étaient ni Français, ni Italiens, ni Allemands. Ils avaient retrouvé, par leur commerce avec l'antiquité, le secret de l'éducation véritable de l'esprit humain, et ils s'y dévouaient corps et âme. Comme ils firent bien ! »

Et quelle est l'influence de la religion ?

La nation se base-t-elle alors sur une religion uniforme ? Renan expliqua de façon circonstanciée l'importance de la religion dans l'Athènes antique. Il n'y avait qu'une religion, la religion d'état. « De nos jours, dit Renan, la situation est parfaitement claire. Il n'y a plus de masses croyant d'une manière uniforme. Chacun croit et pratique à sa guise, ce qu'il peut, comme il veut. Il n'y a plus de religion d'État ; on peut être Français, Anglais, Allemand, en étant catholique, protestant, israélite, en ne pratiquant aucun culte. La religion est devenue chose individuelle ; elle regarde la conscience de chacun. »

La nation est-elle simplement une communauté des intérêts?

A la question de savoir si une communauté des intérêts pouvait être le fondement d'une nation, Renan répondit de façon claire et succincte : « La communauté des intérêts, dit-il, est assurément un lien puissant entre les hommes. Les intérêts, cependant, suffisent-ils à faire une nation ? Je ne le crois pas. La communauté des intérêts fait les traités de commerce. Il y a dans la nationalité un côté de sentiment ; elle est âme et corps tout à la fois ; un Zollverein n'est pas une patrie. »

Est-ce donc la géographie ?

Mais il y a encore la géographie. Il y a des frontières naturelles, des fleuves, des montagnes ! Renan déclara : « La géographie, ce qu'on appelle les frontières naturelles, a certainement une part considérable dans la division des nations. La géographie est un des facteurs essentiels de l'histoire. Les rivières ont conduit les races ; les montagnes les ont arrêtées. Les premières ont favorisé, les secondes ont limité les mouvements historiques. Peut-on dire cependant, comme le croient certains partis, que les limites d'une nation sont écrites sur la carte et que cette nation a le droit de s'adjuger ce qui est nécessaire pour arrondir certains contours, pour atteindre telle montagne, telle rivière, à laquelle on prête une sorte de faculté limitante a priori. Je ne connais pas de doctrine plus arbitraire ni plus funeste. Avec cela, on justifie toutes les violences ! »

La nation a une âme.

Mais Ernest Renan ne se contente pas de dire ce qu''une nation n'est pas. Il déclare aussi textuellement : « Une nation est une âme, un principe spirituel. Deux choses qui, à vrai dire, n'en font qu'une constituent cette âme, ce principe spirituel. L'une est dans le passé, l'autre dans le présent. L'une est la possession en commun d'un riche legs de souvenirs ; l'autre est le consentement actuel, le désir de vivre ensemble, la volonté de continuer à faire valoir l'héritage qu'on a reçu indivis. L'homme, messieurs, ne s'improvise pas. La nation, comme l'individu, est l'aboutissement d'un long passé d'efforts, de sacrifices et de dévouements. Le culte des ancêtres est de tous le plus légitime ; les ancêtres nous ont faits ce que nous sommes. Un passé héroïque, des grands hommes, de la gloire (j'entends de la véritable), voilà le capital social sur lequel on assied une idée nationale. Avoir des gloires communes dans le passé, une volonté commune dans le présent ; avoir fait de grandes choses ensemble, vouloir en faire encore, voilà les conditions essentielles pour être un peuple. On aime en proportion des sacrifices qu'on a consentis, des maux qu'on a soufferts. On aime la maison qu'on a bâtie et qu'on transmet. Le chant spartiate : 'Nous sommes ce que vous fûtes ; nous serons ce que vous êtes' est dans sa simplicité l'hymne abrégé de toute patrie.

Dans le passé, un héritage de gloire et de regrets à partager, dans l'avenir un même programme à réaliser, avoir souffert, joui, espéré ensemble, voilà ce qui vaut mieux que des douanes communes et des frontières conformes aux idées stratégiques ; voilà ce que l'on comprend malgré les diversités de race et de langue. Je disais tout à l'heure : 'avoir souffert ensemble' ; oui, la souffrance en commun unit plus que la joie. En fait de souvenirs nationaux, les deuils valent mieux que les triomphes, car ils imposent des devoirs ; ils commandent l'effort en commun.

Une nation est donc une grande solidarité, constituée par le sentiment des sacrifices qu'on a faits et de ceux qu'on est disposé à faire encore. Elle suppose un passé ; elle se résume par un fait tangible : le consentement, le désir clairement exprimé de continuer la vie commune. L'existence d'une nation est (pardonnez-moi cette métaphore) un plébiscite de tous les jours, comme l'existence de l'individu est une affirmation perpétuelle de vie.»

La confédération européenne à l'horizon 1880

« Les nations ne sont pas quelque chose d'éternel, »dit Renan vers la fin de son discours. « Elles ont commencé, elles finiront. La confédération européenne, probablement, les remplacera. Mais telle n'est pas la loi du siècle où nous vivons. A l'heure présente, l'existence des nations est bonne, nécessaire même. Leur existence est la garantie de la liberté, qui sera perdue si elle n'avait qu'une loi et qu'un maître.

Par leurs facultés diverses, souvent opposées les nations servent à l'oeuvre commune de la civilisation; toutes apportent une note à ce grand concert de l'humanité, qui, en somme, est la plus haute réalité idéale que nous atteignions. Isolées, elles ont leurs parties faibles. »

Une conscience morale commune est nécessaire

Renan poursuit: « Je me résume, messieurs. L'homme n'est esclave ni de sa race, ni de sa langue, ni de sa religion, ni du cours des fleuves, ni de la direction des chaînes de montagnes. Une grande agrégation d'hommes, saine d'esprit et chaude de coeur, crée une conscience morale qui s'appelle une nation. Tandis que cette conscience morale prouve sa force par les sacrifices qu'exige l'abdication de l'individu au profit d'une communauté, elle est légitime, elle a le droit d'exister. »

Comment la nation a-t-elle évolué dans le moule de l'état national ?

L'affermissement d'une Europe des états-nations sembla donner satisfaction - un certain temps. Renan a tenu son discours en 1882. Trois décennies plus tard cependant, en 1914, la Première Guerre mondiale éclata. Y participèrent 15 états européens, et 21 autres non-européens. La guerre se solda par 17 millions de morts et de deux fois plus de blessés et d'invalides. Les traités de paix changèrent le tracé des frontières: Les vainqueurs s'agrandirent aux dépens des états vaincus.

Deux décennies plus tard, en 1939, éclata la Seconde Guerre mondiale. Y participèrent 25 états européens et 15 autres non-européens. La guerre se solda par 70 millions de morts et ont renonça à dénombrer les blessés et les invalides. Les traités de paix changèrent le tracé des frontières: Les vainqueurs s'agrandirent aux dépens des états vaincus.

Quelques leçons à tirer de l'histoire

Mais cette fois-ci, après la Seconde Guerre mondiale, quelques hommes réfléchirent enfin à la façon dont on pourrait éviter de telles guerres entre les états nationaux. Et ils jetèrent les fondations de la Communauté européenne, basée, comme une "nation" sur les souffrances endurées ensemble, comme s'ils avaient lu - peut-être l'ont-ils fait - Ernest Renan: « Avoir souffert ensemble  ». Oui, les souffrances endurées ensemble unissent davantage que les joies. Une nation est une grande solidarité, constituée par le sentiment des sacrifices qu'on a faits et de ceux qu'on est disposé à faire encore. Elle suppose un passé ; elle se résume par un fait tangible : le consentement, le désir clairement exprimé de continuer la vie commune.

N'est-il pas temps de reporter enfin ces souvenirs communs sur l'Europe, au lieu de les limiter aux états nationaux? Près de 100 millions de morts en deux grandes guerres ne sont-ils pas suffisants pour développer un nouveau sentiment de solidarité se fondant sur les souffrances endurées en commun? Et une Europe sans guerre aux frontières ouvertes n'est-elle pas un objectif commun qui suffise à se tourner vers l'avenir avec un sentiment de solidarité "nationale"? Ne sommes-nous pas enfin prêts à considérer l'Europe comme notre « nation  » ?

Avoir le courage de ne pas suivre la mode

Ernest Renan conclut le discours qu'il avait tenu il y a 132 ans et dans lequel il avait prédit une  « confédération européenne » par la phrase suivante: « Le moyen d'avoir raison dans l'avenir, est, à certaines heures, de savoir se résigner à être démodé. »

La mode actuelle est - hélas - dans beaucoup de pays européens, le retour du nationalisme. Il faut espérer que ceux qui refusent de suivre cette mode auront raison.

Note : M. Müller, président des Fédéralistes mondiaux Suisse, a publié dans le numéro de printemps 2014 de « gazette.de », dont il est le nouveau rédacteur en chef, et le 12 avril 2014 sur la plate-forme infosperber.ch., un texte en allemand que vous retrouverez sur le site « www.weltfoederalisten.ch ». Il contient des extraits d'un discours que Renan a tenu à la Sorbonne et que nous avons retrouvés sur internet.

Blog du 19 août 2013

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La réforme de l’Organisation des Nations unies, l’ONU, n’a que trop tardé 

En octobre, de nombreux députés et des représentants de diverses organisations de plusieurs pays se réuniront à Bruxelles pour examiner un projet déjà ancien et exiger sa réalisation, à savoir la création d’un Parlement des Nations unies, de l’ONU. Un tel parlement donnerait à l’ONU une légitimité démocratique; en outre, il traiterait les problèmes qui se posent sur le plan supra-national et arrêterait les mesures à prendre. L’ONU a encore une structure absurde. Le Conseil de sécurité où sont représentés cinq états membres disposant d’un siège permanent et dix autres disposant d’un siège temporaire, a beaucoup plus de compétences que l’Assemblée générale de l’ONU. En outre les cinq membres permanents, à savoir la Chine, les Etats-Unis d’Amérique, la France, la Grande-Bretagne et la Russie, disposent du droit de veto. Chacun d’eux peut empêcher le Conseil de sécurité et l’Assemblée générale de prendre une quelconque décision.

 

Un parlement, pourquoi faire?

Un Parlement de l’ONU résoudrait les problèmes résultant des rapports de force anachroniques au sein de l’organisation. Comme il est écrit sur le site du Comité pour une ONU démocratique, une assemblée parlementaire de l’ONU permettrait aux citoyens des états membres de l’organisation de se sentir impliqués dans les négociations et la prise de décisions au niveau mondial par l’élection de députés les représentant, auxquels reviendrait la tâche de contrôler de façon impartiale la bureaucratie des organisations internationales. 

Le droit de veto se fonde sur les rapports de force à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Les états ayant remporté la victoire en Europe et dans le Pacifique avaient la puissance militaire nécessaire pour se réserver ce privilège. A l’époque cela pouvait à la rigueur se comprendre. Mais actuellement, presque septante ans s’étant écoulés depuis, de tels privilèges ne sont plus acceptables, d’autant moins qu’ils empêchent régulièrement des actions collectives destinées à sauvegarder la paix. L’Assemblée générale doit non seulement se soumettre, elle a même peur de prendre des décisions qui pourraient être annulées par un veto, car les états membres de l’ONU ne veulent pas se brouiller avec les cinq membres permanents du Conseil de sécurité, tous détenteurs de l’arme atomique. Ils craignent d’être désavantagés sur le plan commercial ou juridique (comme c’est le cas de la Suisse) et dans d’autres domaines.

 

La réforme de l’ONU ne se fera pas “d’en haut”

Mais comment l’ONU peut-elle être réformée, si les privilégiés s’y opposent? Il ne faut pas s’attendre à des changements rapides. Mais ce n’est pas une raison pour se taire. Les cinq puissances détentrices du veto doivent s’apercevoir qu’elles ne sont plus admirées et honorées, mais surtout craintes et même méprisées par certains pays.  

Les fédéralistes mondiaux de Suisse seront aussi représentés à Bruxelles et contribueront ainsi à renforcer la demande visant à la création d’un Parlement de l’ONU. 

Beaucoup de Suisses se diront: Tout cela est utopique, il ne vaut pas la peine de s’engager à cet effet. Il n’est pas interdit de penser ainsi, bien qu’il soit regrettable que les gens enterrent leurs espoirs et se résignent.  Mais il convient surtout d’en tirer une conclusion différente. Si un Parlement mondial semble trop lointain, pourquoi ne s’engage-t-on pas au moins sur le plan européen afin de trouver des solutions communes? Les états membres de l’Union européenne ont en effet réussi à empêcher, depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, un nouvel embrasement de l’Europe. Cela ne va pas de soi  Car l’idée de l’état national portée à ses conséquences extrêmes au 19e siècle, a surtout provoqué de nombreux conflits qui ont causé des millions de morts, sans compter les blessés, les disparus et toutes les autres personnes affectées par d’innombrables souffrances. 

 

Il était grand temps d’adhérer à l’ONU

La Suisse a décidé d’adhérer à l’ONU le 3 mars 2002, avec 54,6 pour cent des votes exprimés. Ce n’était pas un acte héroïque. La Suisse n’était que le 190e état à le faire. Il n’y a plus d’état reconnu universellement qui ne soit pas membre de l’organisation, exception faite de l’Etat de la Cité du Vatican, au statut très particulier. Mais pourquoi la Suisse refuse-t-elle de se joindre à une grande communauté de pays en Europe ou même de discuter publiquement de l’adhésion à l’Union européenne? 

Il existe malheureusement dans chaque pays des groupes et même des partis politiques qui veulent s’assurer le soutien de la population en jetant l’anathème sur tout ce qui est étranger. L’Histoire nous montre où peuvent mener de tels mouvements nationaux-conservateurs, généralement populistes, s’ils deviennent trop puissants.  Ils ont provoqué de nombreux conflits sanglants jusqu’à la Seconde Guerre mondiale. C’est encore le cas hors d’Europe. Ce qui ne signifie pas que des mouvements populistes de gauche ne peuvent pas eux aussi être cause de guerre. Mais un élément nationaliste est presque toujours présent dans ces cas également.

 

Adopter des règles internationales ne signifie pas centraliser!

Les fédéralistes mondiaux de Suisse sont – comme l’indique leur nom – des fédéralistes. Ils ne veulent pas que tout soit l’objet d’une règlementation centralisée. Dans une société politique, les règles de la vie collective doivent être fixées au niveau approprié, à savoir les communes, les cantons, les états.  Mais il y a un grand nombre de problèmes qui doivent faire l’objet d’une règlementation internationale, pour lesquels on a besoin de conditions-cadres valables pour de grandes régions du monde, voire pour le monde entier. Les conflits frontaliers par exemple se sont multipliés ces dernières années, notamment suite à la découverte de ressources pétrolières, et ont gagné en intensité. Des organes internationaux sont nécessaires pour empêcher de nouvelles guerres. L’UE par exemple a montré qu’il est possible d’empêcher des guerres. 

 

S’engager! Ou tout au moins soutenir ceux qui s’engagent

Celui qui est assis au soleil sur son balcon ou dans son jardin cet été ne veut peut-être pas se voir confronté à ces problèmes. Il est d’autant plus important que d’autres s’engagent pour traiter ces questions. Il est tout aussi important que ceux qui ne veulent pas s’occuper quotidiennement de ces problèmes apprécient que des personnes s’engagent – et pour cette raison adhèrent aux “Fédéralistes mondiaux de Suisse” et payent leur cotisation à notre association.

http://www.worldparliamentnow.org/fr/

 

Blog du 7 mars 2013

            

L’EAU. Nous l’employons à table pour boire, à la cuisine pour cuire, à la salle de bains pour se laver, oui même pour rincer les WC. Cela va de soi. Conscient de l’eau, nous le devenons seulement quand il y en a trop: par de fortes pluies, lors d’inondations. Ou alors quand il y en a trop peu: lors de plusieurs jours, voire plusieurs semaines de périodes sèches en été.

       
Mais est-ce que nous pensons aussi que pour des millions de personnes, l’eau n’est pas une évidence ? Qu’elles manquent d’eau ? Qu’elles désirent ardemment de l’eau, chaque jour, souvent sans perspective dans avoir ?
 

Lors de mes nombreux voyages à travers le monde, j’étais aussi une fois au sud du Brésil. J’ai entendu parler là-bas du "Movimento dos Trabalhadores Rurais Sem Terra", du mouvement des travailleurs ruraux sans terre. J’ai décidé de visiter une commune de ces travailleurs ruraux pour voir de mes propres yeux, comment ces personnes vivent - doivent vivre. Grace à une organisation d’entraide de l’église luthérienne de Curitiba j’ai pu visiter la région Santa Catarina das Acampamento Eré et la région Parana das Assentamento Reserva  et y rester quelques temps.

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Assentamento Reserva, qui signifie quelque chose comme „colonisation improvisée“, je ne l’oublierai jamais. 600 personnes environs vivaient là dans des huttes fabriquées par eux-même avec de petits arbres. Des feuilles de plastic noir les recouvraient, comme protection contre le soleil brûlant et éblouissant, et parfois contre les ondées subtropicales.

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C’était des petits agriculteurs, qui à cause de la construction sur leur terre d’un barrage avec un très grand lac de retenue, ont perdu leur terrain et contrairement aux promesses, n’ont pas reçu de nouvelles terres.

 
Les photos que j'ai fait là-bas parlent d'elles-même.
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Ce petit trou d’eau devait suffire des journées entières pour les 600 habitants du camp. Il sortait très peu d’eau du sol. Et très irrégulièrement venait un camion d’un village voisin, apportant de l’eau. Je n’oublierai pas non plus les femmes qui, malgré le manque cruel d’eau propre, essayaient de laver leur linge. Pour elles, essayer de garder leur linge "propre" était un peu de "culture", malgré leur misère.

L’ONU a déclaré l’année 2013 comme année de l’eau. Ceci doit nous amener à penser plus à notre paradis avec beaucoup d’eau propre. Mais surtout aussi à penser à ceux qui chaque jour doivent lutter pour avoir de l’eau propre, doivent en mendier, et n’ont pratiquement pas de chance de recevoir suffisamment de cette riche mouille. L’EAU. Nous ne savons pas la richesse que nous avons - grâce à cette eau en suffisance. reserva6web.jpg
Christian Müller (texte et image)
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